Joseph LANG.

Quand on subit l'Histoire
1898 -1969


Naissance le 15 août 1898 à Mulhausen dans le Reichsland d'Elsass-Lothringen de joseph fils de Joséphine DUCHAINE et de père inconnu. A l'âge d'environ 7 ans, il voit son grand-père maternel émigrer vers l'Amérique. Sa mère se mariera en 1906 avec joseph LANG qui l'adoptera et lui donnera son nom.En 1916, il est mobilisé dans l'armée Impériale et envoyé sur le front russe (les Allemands évitent d'envoyer les Alsaciens-Lorrains sur le front français). Blessés par éclats d'obus dans les jambes dans les premiers jours de son engagement au front, il terminera la guerre dans les Hôpitaux (Sâckingen sur le Rhin).
Réintégré dans la nation française, après le traité de Versailles, il devra d'abord, comme tous les «alsaciens-lorrains » subir une enquête approfondie puis acquitter des droits de naturalisation avant de pouvoir se prévaloir de la nationalité française.

En 1914 à Paris, sur le champ de mars, Marguerite (au centre) avec la Famille Durand-Gosselin

Cherchant du travail, il rejoint la banlieue parisienne (Saint-Ouen) et y exerce le métier de fondeur. Lors d'un de ses voyages en Alsace, à Mulhouse chez des amis (les Schneider) il fait la connaissance de marguerite Walter. Curieusement elle travaille également à Paris comme employée de maison de la famille Durand-Gosselin (immeuble sur le champ de Mars). La bonne réputation dont jouissaient les employées de maison alsaciennes fit que Marguerite fut recrutée puis mise à l'essai dans une famille de Rouffach avant d'être embauchée en 1913. Au service de la famille Durand-Gosselin, au sein de nombreux domestiques, elle sera d'abord lingère puis s'occupera beaucoup des enfants, allant même en vacance avec eux en Bretagne.

juillet 1920

Ils se marient le 24 juillet 1920 à MULHOUSE, il a 22 ans elle en a 25. De leur union nait en 1921 un fils prénomé Joseph. Désirant s'élever socialement, ils perfectionnent leur français que marguerite parle déjà correctement et joseph réussit le concours d'entrée dans la police d'état. En 1923, La France occupe la partie gauche du Rhin, Henri Lang, ancien légionnaire, policier à Mulhouse, finit par convaincre son fils adoptif, joseph, de se porter volontaire pour une mission de renseignement en Allemagne (et ce malgré les fortes réticences de marguerite). Alors qu'ils effectuent tous deux une mission de surveillance à Köln, ils sont pris en filature par le contre espionnage allemand et finalement appréhendés dans le tramway. L'histoire ne nous dit pas pourquoi Henri est rapidement relâché, alors que joseph, lui, est condamné à 20 ans de prison, en forteresse. Il est incarcéré en Prusse orientale à Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad en Russie). Sa belle-mère, qui tient un restaurant à Mulhouse et par ailleurs forte personnalité, entreprend avec ardeur et opiniâtreté des démarches jusqu'au Président de la République pour la libération de son gendre.

juillet 1920

Elles aboutissent ; après deux ans de captivité, joseph est échangé contre un agent allemand. A son retour de captivité, nous sommes alors en 1925, ils achètent une épicerie (en faillite) rue des oiseaux près du canal couvert ; elle sera tenue par Marguerite. Joseph poursuit sa carrière dans les gardiens de la paix au commissariat de Mulhouse (tout en aidant son épouse - il fut commis épicier dans sa prime jeunesse). Leurs efforts seront récompensés par la construction d'une grande maison à Bourtzwiller où viendra également y habiter Walter Jacques le père de Marguerite, veuf en 1928. Jacqueline y naîtra en 1933.

1940, pour la troisième fois en 70 ans, le sort des alsaciens-lorrains bascule au nom de la raison d'état. La police est chargée d'évacuer les archives de Mulhouse sur Toulouse, Joseph s'y trouve donc, alors que sa femme Marguerite et ses deux enfants toujours à Bourtzwiller sont surpris par les troupes d'invasion en juin 1940. Le 17 juillet 1940, le Reich rétabli, de fait, les frontières de 1871 et annexe l'Alsace au Land de Bade. Toutes les personnes suspectes sont expulsées vers la France. En quelques heures, manu militari, Marguerite, Joseph junior(19 ans) et Jacqueline(7 ans) sont dirigés par l'armée allemande dans un camp provisoire à Saint-André dans la plaine d'Alsace près de Cernay (qui deviendra ensuite une école de formation des waffen SS) puis, par train, expulsés sur la France non occupée. La famille se reforme donc à Toulouse en ayant laissé la quasi-totalité de ses biens et meubles en Alsace à la garde de la famille qui y reste. JAEGER Oscar, cousin germain de Jacqueline sera incorporé de force dans la Wehrmacht et disparaîtra en Russie en 1943.

Jean SCHNEIDER, ami de joseph junior également incorporé de force, désertera lors d'une permission, caché dans le cimetière de Mulhouse il sera finalement arrêté. Il n'échappera au peloton d'exécution que grâce à l'avancée rapide des troupes alliées. Joseph poursuit son service dans la police de Toulouse comme détaché du commissariat de Mulhouse. Chargé de la garde de détenus de marque (le maire de Toulouse en particulier), dans un ancien couvent, il est lui-même sous surveillance. Nombreux sont les gardiens qui aident les détenus (courrier, évasions favorisées, etc.) Lors d'une incursion de la GESTAPO, celle-ci teste les gardiens et joseph malgré la francisation de son nom en « Lange », est trahi par son accent. Pour faire un exemple, un attenta est organisé par les allemands, la milice se chargera des basses oeuvres. La cible sera ce brigadier de police au fort accent alsacien, lorsqu'il est de service, c'est toujours lui qui ouvre la porte... Ce jour là, alors que l'on frappe à l'entrée et que joseph s'apprête à se lever, son camarade plus proche, ouvre la porte, une rafale éclate, un bruit de course, une voiture qui démarre..., Joseph se penche sur son collègue pour lui fermer les yeux.

au centre joseph LANG

Joseph junior effectue son service dans l'armée d'armistice, dans la marine, à Toulon. Démobilisé en 1942 et craignant le STO, il s'évade pour l'Afrique du Nord via l'Espagne où il séjournera quelque temps dans les arènes de malaga (L'Espagne arrêtait systématiquement les illégaux et ne les relâchait qu'après négociation avec la croix rouge). Joseph junior intègre donc la marine des Forces Françaises Libres. Il débarquera en Provence avec la 1ére Armée dans une unité d'artillerie portée de la marine Nationale. L'administration et la police ont besoin de personnels bilingues et Joseph qui suit les armées et arrive très tôt à Mulhouse pour reprendre ses fonctions au commissariat central.

Et, par un beau jour d'avril 1945, sur le pont de Bourtzwiller (banlieue de Mulhouse, extrême sud de la poche de Colmar, tout juste libérée), se retrouve face à face le Brigadier-chef de Police Joseph LANG et le matelot Joseph LANG. La famille LANG se retrouve à Mulhouse, la maison a été touchée par des obus. Les biens et meubles, vendus, dispersés, volés, sont perdus. Les efforts d'une vie de labeur sont réduits à néant. Joseph junior retourne à Toulouse pour se marier. Joseph poursuit et termine sa carrière à Mulhouse, ils habiteront d'abord un petit appartement sans grand confort au centre ville (rue des franciscains) puis l'âge venant, ils bénéficieront d'un studio dans une résidence pour personnes âgées (la résidence Wallach).

Médaille d'honneur
de la police
Médaille des actes
de courage et dévouement
joseph LANG

le Brigadier-chef de police Joseph LANG, à son bureau,
au commissariat de police de Dornach, en 1954,
peut avant qu'il ne prenne sa retraite.


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