Tout débuta le jour où, faisant l'inventaire de vieux documents de famille, mon attention fut attirée par une lettre débutant ainsi :
Saint Leu le 7 fevrier 1806 ou 17 pluviôse an 14e.
La providence voulu que je soit muté à la Réunion, ce qui me permit de poursuive mes recherches.
Charles, fils légitime de Joseph Vivenot et de Marie Anne Vincent est né le 27 mai 1758 et a été baptisé le
lendemain dans l'église de Mauvages [55] diocèse de Toul. Il eut pour parrain le Receveur des Fermes, Charles Herpinois
et pour marraine Eléonore Vallignac de Mondval.
Ainé d'une fratrie de huit enfants, il est reçu au séminaire de Paris le 10 novembre 1774 (il a 16 ans).
Deux ans plus tard, il prononce les voeux et devient professeur de philosophie a 23 ans. Devenu prêtre au début 1782,
il est nommé directeur du petit séminaire de Soissons, poste qu'il conserve jusqu'en 1784. Déjà à cette époque, les prêtres
en poste aux colonies sollicitent de l'aide. Le Supérieur Général de la Congrégation de la Mission (Antoine Jacquier)
accède a leurs demandes et fait partir Mrs. Vivenot et Martin.
Ils embarquent à Lorient, le 09 avril 1784 sur le vaisseau "Les Deux Cousins" (capitaine Carau), font relâche trois
semaines à Tenerife et arrivent à l'île de France (aujourd'hui île Maurice) le 28 août. Ils débarquent enfin à Bourbon
le 17 septembre 1784, le voyage aura duré cinq mois.
Nommé dès son arrivée vicaire à Saint-Pierre, il sera ensuite nommé curé au quartier Saint-Joseph où une petite église
en bois à été édifiée au lieu-dit l'Angevin, il y célébrera la première messe le 14 mars 1790. Ce quartier ne prenant
pas l'essor espéré, il sera nommé à Saint-Leu en 1791.
Depuis longtemps les habitants du "Boucan de LALEU" souhaitaient avoir une église, et le 10 août 1790, les fondations
terminées la première pierre est posée. L'église en pierre de taille témoigne de la richesse de ce quartier (culture du café).
Le 21 décembre 1791 une des chapelles étant entièrement terminée, le conseil de la commune invite le prêtre à venir
prendre possession de la cure. Charles Vivenot arrive à Saint-Leu la veille de Noël 1791, il va avoir 34 ans.
L'église est encore pauvre, mais les habitants de la commune remettent au maire de saint-Leu , 52 balles de café pour faire venir de France les vases sacrés et les ornements nécessaires au culte. L'église possède déjà une cloche qui lui a été donnée le 4 juillet 1791 par M. le Gouverneur de Colligny et en 1792, les habitants demandent « de France une bonne horloge qui ait un timbre qui puisse se faire entendre à une demi-lieue » afin de la placer sur une des tours de l'église.
Le 11 mai 1793, le curé citoyen VIVENOT remet au conseil de la commune les deux registres d'état civil, l'un pour les blancs, l'autre pour les noirs. Charles Vivenot est porté sur la liste des notables de Saint-Leu ; il est élu à la majorité de 19 voix sur 36 comme président de l'assemblée primaire, le 29 avril 1793, et trésorier le lendemain, à l'unanimité. Déjà le 29 juillet 1792, il acceptait la fonction de greffier de justice de paix.
Le 11 brumaire an XII (02/11/1804) , le Vice Préfet apostolique de la colonie, atteste au Préfet Colonial de la prestation de serment par les « citoyens curés ». En fin d'année 1808, Charles Vivenot devient curé de Saint-Pierre, Mr. Begue le remplace à Saint-Leu.
On apprend qu'en 1815 il ne sont plus que 5 missionnaires, tous âgés, le ministre de la Marine s'en inquiète. Le 25 octobre 1818 Mr. Collin écrit au Vicaire Général de la Congrégation de la Mission pour lui dire : « ...nous ne sommes plus que trois missionnaires, Mr. Lafosse octogénaire, impotent,...Mr. Vivenot âgé de 60 ans, presque infirme, attaqué par des maux de jambes depuis plusieurs années qui le font beaucoup souffrir ». Malgré sa maladie il restera curé de Saint-Pierre jusqu'en 1831.
Le Maire de Saint-Pierre n'apprécie pas son curé, il le trouve trop rigoureux dans l'exercice de son ministère. Le 08 juillet 1831, le gouverneur Colonial prend un arrêté stipulant que Mr. L'abbé Vivenot est admis à faire valoir ses droits à la retraite, jouissant d'un traitement de 2000 francs, comme vicaire de saint-pierre jusqu'à ce que sa retraite soit fixée. Mr. L'abbé Simon est nommé curé de Saint-Pierre.
Très vite un grave différent va opposer les deux prêtres. Charles Vivenot se plaint par écrit au Préfet Apostolique d'avoir été expulsé par la force du presbytère et se réfugie chez Madame Deshayes.
Le 04 Novembre 1831 le préfet apostolique fait une nouvelle présentation concernant la cure de Saint-Pierre, celle-ci stipule : « Mr. Vivenot curé en retraite mais conservant le titre et les appointements, Vicaire régent Mr. De Guigné » ; l'Abbé Simon est déplacé à Saint-Joseph.
Comme nous l'apprend la lettre qu'il adresse au préfet Apostolique le 21 mars 1832, Charles Vivenot quitte à cette date Saint-Pierre, son vicaire régent est décédé, il ne peut plus assumer ni sa charge ni les attaques que lui portent le Maire et l'abbé Simon. Déjà très malade et sentant sa fin proche, il se retire à Saint-Leu. La famille DEGUIGNE l'accueil, il décède 8 mois plus tard et repose dans le cimetière de cette paroisse qu'il avait béni 42 ans plus-tôt.
A la fin du registre d'état civil de la commune de Mauvages, de 1835, conservé aux AD55, on trouve le texte suivant :
Extrait des Registres des Actes de l'Etat Civil de la Commune de Saint-Leu, Ile Bourbon,
L'an mil huit cent trente deux le treize du mois de novembre à onze heure du matin par devant nous Louis LEZINER maire de la commune de Saint-Leu, officier d'Etat-civil, sont comparus les sieurs Jacques Michel Joseph Deguigné âgé de quarante deux ans & Joseph Mathurin Sauvages âgé de vingt huit ans tous deux habitants domiciliés à St-Leu, lesquels ont déclaré qu'aujourd'hui à quatre heure du matin, le sieur Charles Vivenot, âgé de soixante-seize ans ex-curé de Saint-Pierre, est décédé dans la maison du Sieur Deguigné fils, sise au quartier St Leu ainsi que nous nous sommes assuré, et les déclarants ont signés avec nous après lecture.
Pour copie conforme
St-Leu le 25 janvier 1833
Le Maire
Pour légalisation de la signature du maire
St-Denis Ile Bourbon le 08 mars 1833
le Directeur de l'intérieur
Pour légalisation de la signature du sus qualifié
Le Contre Amiral Gouverneur
Pour légalisation de la signature du Gouverneur
Le Ministre Secrétaire d'Etat de la Marine et des Colonies
Paris le 22 8bre 1834
Transcrit par nous Jean François Thouand maire et officier de l'Etat Civil
de la Commune de Mauvages, Le 25 Février 1835.
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