Cette branche de la famille Duchaine va dans un premier temps passer de l'état d'agriculteur (avant la révolution) en Haute-Saône à celui de fonctionnaire des douanes en Alsace à la fin du I°Empire. Avec la révolution industrielle, viendra le temps des ouvriers fondeurs (précurseur de la SACM à Mulhouse), de l'annexion à l'empire allemand (1870) pour se conclure finalement au tout début du XX° siècle par une émigration vers les Etats-Unis.
L'orthographe du nom Duchaine se stabilisera au XVIII°s, il sera passé par Deschesnes , Duchesne , avec une digression vers Duchene au débarquement de la femme de Joseph en 1906 à Ellis island.
Nous sommes en 1759, en la paroisse de Bassigney, le 12 janvier. Ce jour là, Joseph Duchaine , 27ans, convole en justes
noces avec Françoise Sebille. Sont présent : les parents du marié ( Joseph François et Anne Marie Villemine), son cousin
Julien et le père de la mariée : jean Baptiste (sa mère, Thérèse Hugot, est décédée). De leur union naitront au moins quatre
enfants : Claude François, Jean Baptiste, Jean Pierre et Marguerite.
Claude François, baptisé le 10 janvier 1763 à Saint Sauveur est qualifié de "fendeur de bois" à son mariage et à la
déclaration de la naissance de son fils également prénommé Claude François en 1793.
Ce dernier va se marier le 31 décembre 1812, à Fontaine les Luxeuil, avec Marie Françoise Parisot. Lors de ce mariage il est
qualifié de cultivateur à Froideconche.
Bassigney, Saint-Sauveur, Fontaine-les-Luxeuil, Froideconche, sont des villages proches, à proximité de Luxeuil, dans
l'actuel département de la Haute-Saône. Nous quittons là ce couple pour le retrouver en 1825, le 18 décembre en Alsace,
à Ottmarsheim, pour la naissance de leur fille Catherine, et le 26 février 1828, toujours à Ottmarsheim pour la naissance
de leurs fils : Conrad.
Claude François n'est plus cultivateur mais Lieutenant des Douanes. Que c'est-il passé pendant ces treize ans je ne
le sais pas encore. Mais l'on peut imaginer que pour quitter sa condition de cultivateur que ne devait pas le satisfaire
il profita certainement des opportunités offertes par la fin de l'empire et par la Restauration.
En cette année 1850, alors que la révolution industrielle bat son plein, Conrad 22 ans, fondeur de son état, se marie,
à Mulhouse, avec Marie-Anne Horlacher. Son père est alors à la retraite, il habite 6 impasse des cordiers à Mulhouse,
où il décèdera en 1854 à l'âge de 61 ans.
Conrad et Marie Anne auront une descendance nombreuse (au moins dix enfants si l'on en croit les Mormons), l'un d'entre eux
va retenir notre attention : il s'agit de Joseph Duchaine, né le 26 mars 1860, à Mulhouse.
Le jeune joseph, à l'âge de 11 ans va devenir Allemand de fait (les députés français réunis à Bordeaux - honte sur eux
- vont valider par un vote à la quasi unanimité le rattachement à l'empire allemand de l'Alsace et de la Moselle).
En 1880, le 09 mars, il déclare et reconnait l'enfant qu'il a conçu de julie Horlacher et la prénomme Josephine
(c'est mon arrière grand-mère). Il est qualifié d'ouvrier d'usine et domicilié 21 rue de Rouffach. Le couple va se marier en
1881, ils auront encore deux enfants : Julius en 1881 et Augustine en 1887 ; ils sont alors domicilié 42 rue Vauban. Six mois
après la naissance d'Augustine, Julie décède, Joseph se retrouve seul, à 28 ans, avec trois jeunes enfants. Très vite il se
remet en ménage, elle se prénomme élisabeth et va lui donner un premier enfant en 1890 : Marie Clémentine, puis un deuxième
en 1893 : Marie Elise. En 1894, peut après la naissance de leur troisième enfant : Julie Hélène, ils officialisent leur union
et le 27 octobre Elisabeth Rieffle devient Elisa Duchaine. Le couple habite au 24 rue du brochet.
Le 15 août 1898, Joséphine, la fille ainée du couple donne naissance à un garçon, prénommé joseph . Le père est inconnu et
le restera à jamais. Les protagonistes ont emportés le secret dans leur tombe sans ne jamais rien révéler.
Marie Clémentine va décéder en 1900 et Marie Elise en 1904, Lucien sera né dans l'intervalle en 1901. Nous arrivons en 1906
année qui verra l'éclatement de la famille.
En cette année 1906 Joseph va décider d'emigrer vers l'Amérique, ses motivations ne me sont pas connues, le travail ne manquait pas à Mulhouse à cette époque, toujours est-il qu'à l'âge de 46 ans, il part avec sa femme, Julie Hélène 12 ans et Lucien 5 ans ses enfants du deuxième lit. Vont rester en Alsace, faute de moyens peut-être, Joséphine 26 ans, Julius (dont je ne sais rien) et Augustine 19 ans...
Pour Joséphine une période éprouvante s'annonce, elle élève seule depuis 8 ans déjà son fils elle fréquente depuis quelques temps un ancien légionnaire : Joseph Heinrich Lang. Les relations entre Joséphine et son père devaient être difficiles, elle a sans doute espéré être du voyage mais ce ne fut pas le cas. Le jour de son mariage avec Joseph Lang, le 28 juillet 1906 elle sera seule : sa mère est décédée depuis longtemps et son père a débarqué à New-York le 08 du même mois. Je n'ai que des souvenirs extrêmement diffus de mon arrière grand-mère, discrète elle n'évoquait que rarement cette période douloureuse je ne me rappelle que d'une vielle dame habillée tout en noir avec des yeux étonnements bleus.
Ce mouvement d'émigration massif est en route depuis déjà quelques décennies, et concerne essentiellement
(pour ce qui est du continent) les populations germaniques et italiennes. Les français sont très peut représentés.
Mulhouse, en pleine expansion, est quasiment une grande usine, les emprises industrielles arrivent jusqu'au centre-ville
(la place de l'europe par exemple) Les ouvriers, très nombreux, se répartissent entre les secteurs de la mécanique, du textile
et des mines de potasse. Mulhouse, appartient au Reichland d'Elsass-Lötringen depuis maintenant une bonne trentaine d'années,
les loi sociales allemandes sont appliquées ici et bien en avance sur la France de l'époque (n'oublions pas que nous leurs devons
la sécurité sociale dont le statut est toujours appliqué en Alsace-Moselle).
C'est donc dans un contexte de ville ouvrière, industrieuse, en plein essor économique, que Joseph décide d'émigrer.
Sans doute a-t-il eut des exemples à suivre dans son entourage proche, on peut facilement imaginer que les discussions
entre amis tournaient autour de ceux qui étaient déjà partis, et de leurs expériences diverses.
C'est ainsi que Joseph débarque le 8 juillet 1906 à Ellis-Island. Il a pris 10 jours plus tôt le train à Bâle
(à 30 km de Mulhouse). C'est le point de départ des trains Transatlantiques que la Compagnie Générales Transatlantique a mis
en place pour drainer une partie des migrants d'Allemagne du sud, de Suisse, d'Italie et d'Autriche vers ses paquebots au
port du Havre. Ce train passe par Delémont, Porrentruy, Belfort, la ceinture de Paris (la Villette, les Batignolles) puis
Rouen avant d'arriver à destination après 780 km de parcourus et une moyenne de 21 heures de trajet. Les trains sont
relativement confortables, nous sommes dans un contexte de concurrence acharnée entre les différentes compagnies, on peut
compter jusqu'a un million d'émigrants par an, il faut donc capter la clientèle dès le départ.
Joseph va donc embarquer le 30 juin , au Havre sur le Paquebot "La Touraine" ; qui était lors de son lancement en 1891 le
plus grand des navires français et le plus rapide (plus de 21 noeuds de moyenne pour moins de 7 jours de traversée) ce fut
également le dernier des paquebots à posséder des voiles.
Ils sont plusieurs centaines à débarquer en ce dimanche 08 juillet 1906. L'affaire est bien rodée pour les autorités américaines, fort de leur expérience ils maitrisent parfaitement ces arrivées massives. Dans la baie de New-York, à proximité de la statut de la liberté, sur un autre ilôt baptisé Ellis Island, ils ont construit un vaste ensemble de bâtiments permettant ainsi aux formalités de se dérouler de façon satisfaisantes pour tout le monde. Joseph débarque avec 20$ en poche et donne comme point de chute l'adresse d'un ami dans le New-Jersey à Garfield ; la famille qui se présente ensuite aux formalités de débarquement s'appelle Muller, ils viennent de Mulhouse et vont également à Garfield - coincidence ?
Moins de trois mois s'écoulent avant qu'Elisabeth, accompagnée de Julie et de Lucien, ne débarque elle aussi à New-York.
Voyageant dans les mêmes conditions que joseph, ils ont embarqué au Havre le 22 septembre sur le La Touraine pour toucher
l'Amérique le 28 septembre. Elle a 30$ sur elle et donne l'adresse de son mari : 190 - 4th Street - Passaïc - New-Jersey.
1908 verra la naissance de Louise, le couple et ses trois enfants, en 1910, est domicilié au 33 Quincy street -
Passaïc - New-Jersey. Joseph est, semble-t-il, décédé en 1912. je perds également la trace de son épouse et des
enfants à l'exception de Julie que je retrouve grâce à la famille KURTZO.
En parallèle la famille KURTZO originaire de Mulhouse effectue la même démarche, se connaissent-ils rien ne le prouve
mais le 02 juin 1903 jean joseph KURTZO laissant femme et enfants à Mulhouse embarque à Boulogne sur le Noordam pour
New-York via Rotterdam.
Cinq ans après, le 04/04/1908 débarquent à NEW-YORK en provenance du Havre sur le La Provence Victor KURZO (18 ans) et son
frère Alfons (17 ans), leur mère est toujours domiciliée à Mulhouse (1 zweiggasse), ils rejoignent Marie Kurtzo
(non identifiée) domiciliée dans le Bronx 1309 Interval avenue.
Un mois plus-tard, le 24/5/1908 en provenance du Havre sur le La Savoie débarque Jeanne née Harter, femme de Jean Joseph et
trois enfants : Charlotte, Emile et Jeanne. Elle déclare se rendre chez son fils ainé Joseph, qui loge au coin d'Interval
avenue et de Freeman street. Il n'est pas fait mention de son mari.
Julie Hélène DUCHAINE et Victor KURTZO tous deux nés à Mulhouse se marieront aux USA, le couple sera naturalisé en 1917. Ils habiteront le Bronx jusque dans les années 20 puis rejoindront Bergen dans le New-Jersey.
On peut aisément imaginer la fracture au sein de la famille Duchaine. Si les émigrants vont
raisonnablement prospérer dans leur pays d'adoption, ceux qui sont restés vont subir de plein fouet les deux guerres mondiales.
Je ne sais si quelques liens furent maintenus, au début, de part et d'autre de l'atlantique, néanmoins je me rappelle
vaguement, dans le début des années 60 de la venue des "Oncles d'Amérique". Toujours est-il qu'il y a postérité dans les
deux branches et maintiens de liens épistolaires.
Lecteur si tu as quelques observations à formuler n'hésites pas à me contacter.
Copyright Phileque 2005