Je ne m'étendrai pas sur l'origine et le but de cette mission, toujours est-il qu'elle résulte d'une application des accords de défense entre la France et le Cameroun. Je me
suis retrouvé cette foi-ci dans un contexte particulier : Infirmier au sein d'un petit détachement isolé. Basé dans le sud-ouest du pays, c'est un paysage de collines
abruptes, où règne une forêt primaire, dominé par le mont Cameroun. La période qui m'occupe est en pleine saison des pluies, nous avons particulièrement souffert de l'humidité, les
matériels n'ont pas résistés : brancards, sacs à dos, tout cela a pourri en moins de trois mois, je ne parle pas des matériels plus sophistiqués et de l'armement qui étaient l'objet d'une maintenance attentive et constante.
Je vous livre donc quelques photos sans plus tarder.
Une vue sur le mont Cameroun depuis notre poste.
Un village traditionnel, pas d'eau courante, pas d'électricité. Au premier plan une maison en torchis sous toit en palmes tressées. le foyer est à même le sol, pas de cheminée, la fumée passe à travers le toit.
Le cabinet de consultations d'un concurrent que je n'ai jamais vu.
Une des rues du village avec deux constructions différentes : l'une en torchis l'autre en planches toutes les deux sous tôle ondulée.
Lors des patrouilles, systématiquement, je prodigue soins et conseils aux populations qui viennent toujours nombreuses à notre rencontre.
Nous traversons là des villages très isolés, les enfants souffrent toujours de nombreuses plaies aux membres inférieurs rarement soignées.
Fideles à nos traditions, nous avons monté ce dispensaire de toute pièce, il comporte un salle de soins/consultations et un local matériel/pharmacie, la galerie extérieure fait office de salle d'attente. Un brancard sur tréteaux me tient lieu de table d'examen ; les murs en planches sont passés à la chaux et nous attendons la fin de la saison des pluies pour en repasser une couche. Nous lui avons donné le nom d'Eugène JAMOT*
Eugène JAMOT 1879-1937
Natif de la Creuse, il débutera comme instituteur en algérie, puis inscrit à la faculté de médecine de Montpelier, obtiendra son doctorat en 1908.
Il rejoint, en 1910,sur concours, le corps de santé des troupes coloniales et après un stage au Pharo il est désigné pour servir au Tchad où il sera cité à l'ordre du bataillon.
De retour en métropole il effectue un stage à l'institut pasteur. Destiné à pour poursuivre sa carrière comme sous-directeur de l'IP de Brazzaville il sera mobilisé sur place
et participera durant la 1° Guerre mondiale à la conquête du Cameroun. Il obtiendra deux citations durant cette campagne.
Après la guerre, placé en position hors-cadre et détaché auprès du ministère des colonies il consacrera le reste de sa carrière à vaincre la trypanosomiase (maladie du sommeil)
Instigateur d'une méthode innovante, il préconise un dépistage et un traitement de masse. Sillonnant les villages avec ses équipe mobiles il mettra peut à peut
sa méthode au point. Dans la fin des années 20, il obtiendra, au Cameroun, durement touché par la maladie, des résultats spectaculaires.
Ses succès ne sont pas sans écueils, contesté par certains, manquant de moyens, il fera valoir ses droits à la retraite en 1934 (il est médecin-colonel).
Outre des pathologies ORL et parasitaires, j'ai eu a faire face à une épidémie de rougeole. D'autre part les brulures sont assez fréquentes , dues en particulier au foyer à même le sol. Il est fréquent que les enfants y tombent ou se brulent en renversant un récipient.
Malgré tout les enfants ont toujours le sourire !
je ne pouvais clore cette page sans cette photo de cacaoyer avec ses belles cabosses qui sont la richesse et la seule source de revenus de cette région.
Ce fut ma dernière mission, un peut plus de quatre mois, isolé, le médecin de la mission, joignable par radio, venait me voir un foi par semaine. Si les militaires ont très peu usé de mes services, la population locale, elle, ne se priva pas de venir me voir, il faut dire que la première structure de soins camerounaise était, dans le meilleur des cas à deux jours de marche...
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