C'est ma première opération extérieure, il y à quelques mois, répondant à un message je me suis porté volontaire pour le Tchad. L'opération Tacaud dure déjà depuis 2 ans, le Tchad secoué par des mouvements de rebellion depuis son indépendance est en ébullition, dans un contexte de guerre froide, les pays du bloc de l'Est soufflent sur les braises et deverses armes et munitions sur tous ses groupes pseudo-révolutionnaires. Nous sommes encore pour la plus-part équipés de fusils 49/56 et de Pistolets Mitrailleurs MAT49 alors qu'en face de nous le fusil d'assaut kalchnikov est l'armement de base.
La guerre civile entre les factions rivales vient d'éclater à Ndjamena ce qui précipite mon départ. Nous sommes fin mars, en quelques heures me voici propulsé en pleine fournaise.
La mise en route fut des plus sommaire (pas de paquetage outre-mer). J'ai voyagé de Neustadt à Istres en train, puis un avion cargo nous a transporté
à Libreville où nous avons pris un Transal, tout ça en civil, pour ne pas effrayer le pekin. L'arrivée sur l'aéroport de N'Djamena (ex Fort Lamy) fut
assez sportif : de nuit, tous feux éteints, au milieu des traçantes.
L'antenne chirurgicale était destinée, à l'origine, à soutenir les forces françaises engagées
au sein de l'opération TACAUD. Or dès le début des affrontements les belligérants se sont tournés vers le Service de Santé pour
faire soigner leurs blessés. Notre petite formation prévue pour accueillir quelques patients/jours, bien que renforcée par des
personnels venus de métropole, s'est trouvée confrontée à un tel afflux de blessés qu'il a été mis en place un système de tri de type
« pertes massives».
Plus question d'horaires fixes et d'organisation en équipe : tout le monde sur le pont dès 08 heure du matin,
début des arrivages des blessés, jusqu'à tard dans la nuit : 01 à 02 heures du matin ; un infirmier de garde pour relever les
perfs et ainsi de suite pendant un mois et demi. Nous avons ainsi traités 1600 combattants, avec des pics d'admission de près de 100/jours, dans des conditions matérielles et de sécurité que l'on peut qualifier de limite.
Le travail intense nous éprouva durement. Affecté à l'entrée-triage et aux post-opérés j'ai pu mesurer les dégats occasionnés par les armes de guerre
, en particulier les mitrailleuses anti-aériennes montées sur toyota et utilisées contre le personnels...
Déployée sur la base « Kosseï » notre antenne chirurgicale ne traitait qu'une faction des belligérants,
les autres étaient prises en charge par un autre détachement (l'EMMIR) installé de l'autre coté du Chari, au Cameroun.
Je n'ai jamais revécu une telle boucherie de toute ma carrière. Bienheureux de rentrer sans « bobo » j'en suis revenu exténué,
avec le sentiment bizarre, en arrivant à Paris, de débarquer d'une autre planète.
Ci-dessus l'insigne des éléments "Santé" de l'opération Manta
à gauche la version 2 "officielle" des forces Manta
à droite la 1° version.
Quatre ans après me voilà de retour à N'Djamena. Nous avons pris nos quartiers au camp DUBUT et bien que l'installation soit des plus rustique, nous allons travailler dans des conditions beaucoup plus sereines et moins frénétiques que précédemment. L'activité en sera néanmoins soutenu. Nous étions organisés en une équipe bloc (2 chirurgiens, 1 réa-anesthésiste, un infirmier anesthésiste et 2 infimiers de bloc) et une équipe hospitalisation (6 infirmiers et deux conducteurs) pour assurer l'accueil, les urgences, le traitement chirurgicale les soins post-op. et les soins en ambulatoires.
L'antenne chirurgicale installée cette foi au camp DUBUT, derrière des sacs de sable, où l'on peut installer, à l'abri, avant de les traiter, les blessés fraichement évacués.
Ces militaires tchadiens viennent d'arriver, Ils n'avait depuis leur blessure reçu aucun soins. Après les avoir sommairement conditionnés et catégorisés, il vont être traités, ils seront dès que leur état le permettra transferés sur l'infirmerie des forces Tchadiennes.
Notre capacité d'hospitalisation en dur était de 3 lits, nous avons donc installé de nombreux hospitalisés sous tente ; malgré ces conditions précaires, nous n'avons jamais eu à déplorer de maladies nosocomiales........à méditer.
Sur la piste entre N'DJAMENA et ABECHE, que j'ai parcourue comme infirmier d'escorte de convoi.
Cette foi-ci j'ai pu sortir du camp j'ai découvert le centre ville, ravagé 4 ans plus tôt, la cathédrale dont il ne reste que la façade (la magifique charpente
en "coque de bateau renversée" a été completement détruite par le feu en 80), la villa du Général Leclerc et le camp Koufra, rebaptisé camp des martyres, d'où sont partis
les précurseurs de la 2° D.B. en 1941.
En tant qu'infirmier de la section d'escorte d'un convoi de ravitaillement, j'ai suis allé
jusqu'à Biltine, traversant ces paysages désertiques en bordure des provinces du B.E.T. (Borkou-Enédi-Tibesti).
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